Lundi 5 avril 2010 1 05 /04 /Avr /2010 16:47

541141800_4baea02273.jpg                 Après cinq années passées, les propositions de travail faites aux handicapés, étaient pour une grande partie tournées vers une grande autonomie. A plusieurs reprises, nous avons souffert des caprices des entrepreneurs qui très brutalement pouvaient interrompre une collaboration. Cet état de fait était très dommageable pour la stabilité de la population des travailleursTrois ans après l'ouverture du C.A.T, nous avions notre propre production de kimonos, de bobines de câbles, de sous-pulls, une imprimerie, un atelier d'entretien d'espaces verts, ainsi que notre première fabrique de classeurs. Il devenait possible de passer la main en douceur.
             A la demande d'un magistrat de Beauvais, j'ai accepté de diriger le service d'éducation en milieu ouvert du département de l'Oise. Encore une fois mon but n'est pas de décrire le fonctionnement de ce type de service, mais de vous relater deux ou trois évènements qui me semble particulièrement importants . Ce qu'il faut savoir, c'est que nous avons un mandat de justice pour intervenir dans le cadre de la protection de l'enfance.
             Voici donc l'histoire vécue de ce que j'ai nommé " le silence coupable "
              Le nom du village à peu d'importance, un drame identique aurait pu avoir lieu dans n'importe quel village.
              Un matin, une éducatrice ayant en charge une famille dans ce village, dans le cadre de sa mission éducative, me signale avoir été abordée dans la rue par une femme. Celle-ci, après bien des hésitations, et après avoir interrogée l'éducatrice sur son métier, aurait fini par vouloir lui confier un secret collectif bien gardé. Cette confidence devait être assortie de l'assurance d'une protection. Tout ce qu'avait apprise l'éducatrice, c'est qu'il était question d'une fille en grave danger. Ensuite, la femme a montrée une maison en ruines en disant " le drame est là ". L'éducatrice a demandé à la femme pourquoi elle n'avait pas signalé ce qu'elle savait à la gendarmerie? la réponse était que certainement ils étaient aussi complices.
               L'après midi de la même journée, nous sommes au village.
               Comme beaucoup de villages de la région du Santerre, la rue principale est une nationale, avec de part et d'autre, des maisons de briques rouges couvertes de boue projetée par des camions remplis de betteraves. La pauvreté suinte des murs et le peu de personnes qu'ils nous arrivent de croiser, nous semble porter sur leurs épaules, toute la misère du monde.
               Un ancien village de mineurs comme il y en a beaucoup, avec toutes les petites maisons semblables, sauf, à l'écart de grandes maisons, occupées dans le temps, avant la fermeture des mines, par les ingénieurs.
                Arrivés devant la maison de la femme, l'éducatrice utilise la sonnette pour signaler notre présence. Pas de réponse, pourtant il m'a semblé que les rideaux avaient bougés. Encore un appel, mais pas de réponse, ou la femme ne souhaite pas répondre.
                La femme a parlé de la maison en ruines à l'autre bout de la rue. Avec la voiture, traversée du village et arrêt devant ce qui est pire que des ruines. Il ne reste plus rien de la maison, juste une dalle de béton. Des traces de murs en briques noircies, par ce qui reste, d'un possible incendie.
                 Notre présence attire la curiosité des habitations proches, mais personne ne sort des maisons. Des hommes ou des femmes aux fenêtres, mais visiblement personne ne souhaite être vu en notre compagnie.
                 La question est de savoir quel mystère se cache ici?
                 Pour le moment je ne comprends pas en quoi cette ruine peut mettre en danger une petite fille?
                 Pendant que je cherchais un indice, l'éducatrice venait de faire le tour de la dalle, et me demande de venir voir.
                 Visiblement, l'herbe était régulièrement foulée et une sorte de petit chemin longeait ce qui avait été une maison,  pour conduire jusqu'à un trou sous la dalle.
                  L'orifice avait une dimension qui devait permettre à un adulte de rentrer dans le trou, en prenant la peine de ce mettre à  " quatre pattes " .
                  Avec la lampe de poche trouvée dans la voiture, je pouvais éclairer faiblement l'intérieur de la cavité. Il y avait bien des vieux papiers, des restes de nourriture sans doute apportées par des animaux, mais rien de bien significatif. Sauf une odeur de sueur, d'excréments, et d'autres senteurs peu identifiables.
                   Un dernier regard, n'ayant pas l'intention de me mettre à genoux pour rentrer dans ce trou. A la faible lueur de la lampe, j'ai crus voir bouger au fond de cette espèce de cave, haute d'un mètre par endroit, et me semblait-il plus basse à l'autre extrémité. Un chien ou un chat peut-être! Mais au moment de me relever, je suis sur d'avoir entendu comme un petit cri.
                    Je demande assez fort s'il y a quelqu'un, mais pas de réponse. Pourtant, je suis sur d'avoir entendu. Ma collègue me confirme que elle aussi a entendue ce cri.
                    Il faut se glisser dans le trou et vérifier. Complètement courbé, je me déplace " en canard " et rapidement dans le faisceau de ma lampe, je vois ce que jamais à notre époque, je n'aurai cru encore possible. L'année 1976 a commencée depuis trois mois, et ma lampe éclaire une fillette d'environs 13 ans, complètement terrifiée, recroquevillée dans un coin, noir de crasse, vêtue d'un sac de pommes de terre. Impossible d'approcher de cet enfant. Autour d'elle, des détritus, de vieux papiers, et des cartons sur lesquels elle doit se coucher. L'endroit est très humide. Dans cet univers sordide l'enfant est incapable de se tenir debout.
                    Vainement j'ai tenté de lui demander son nom, sans rien obtenir. J'en avais assez vu, il était temps de prévenir les pompiers et la gendarmerie.
                     En sortant de ce " trou à rats " mon regard se pose en premier sur deux bottes en caoutchouc, puis sur un costume de velours, et enfin sur le visage d'un homme visiblement très en colère.
                    _Que foutez vous ici ? Fichez le camps ou j'appelle la gendarmerie!
                    _Parfait, j'ai demandé à ma collègue de le faire. Mais vous pourriez m'expliquer la présence de cet enfant dans cette sorte de cave?
                      Autour de nous, toute une partie de village. Je présume qu'ils espéraient une belle bagarre, mais la vue de ma carte professionnelle calme mon interlocuteur.
                    _Depuis la mort de ses parents, j'ai la garde de cette fille, je peu vous montrer le papier du juge. C'est elle qui ne veux pas venir à la maison, mais je m'en occupe, je lui apporte tous les jours à manger. Elle ne manque de rien et; se tournant vers ces administrés " rentrez chez vous " la menace à la bouche....Enfin les gendarmes arrivent ainsi que les pompiers.
                      Après bien des difficultés l'enfant est conduite à l'hôpital, l'explication avec le maire se termine à la Mairie et ensuite en prison.
                      Tout le village était au courant, mais tous avaient peur des colères du Maire grand propriétaire terrien, beaucoup d'hommes du village avaient du travail en saison chez lui. Alors...... il avait l'autorisation... le reste ne regardait que lui.
                        La fillette sera traumatisée à vie. Le sordide de toute cette histoire, est que l'enfant a trouvé refuge dans ce qui restait de sa maison pour échapper aux coups. Le Maire ne voulait pas se séparer de l'enfant pour continuer à toucher la pension versée tous les mois par l'assurance.
                        
               
             
             

Par falco
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Lundi 29 mars 2010 1 29 /03 /Mars /2010 15:59
                 A l'occasion d'une réunion de secteur sur Beauvais, une éducatrice me signale avoir découvert une dizaine de familles vivant dans une situation de grande précarité. Il y a de nombreux enfants, des conditions de vie épouvantable, et une situation de toute manière urgente en raison de l'approche de l'hiver.
                Le lendemain accompagné de cette éducatrice nous prenons la route de la grande décharge municipale de la ville. Adossé à la décharge, un petit bois à quelques vingtaines de mètres de la route empruntée chaque jour par les camions poubelles de la ville. Un chemin en terre battue partant de la route se dirige vers le bois. De profondes ornières nous donnent une idée de ce que doit être l'état du chemin les jours de pluie.
                 Une large mare encore boueuse nous interdit d'aller plus loin, et c'est à pieds que nous terminons les quelques mètres qui nous séparent de l'orée du bois.
                 Au début de notre progression, le bois étant très touffu, il faut souvent se courber pour passer sous des branches basses. La jeune femme qui m'accompagne m'explique tout en marchant, que volontairement le bois est resté à l'état sauvage, pour que de par sa densité il soit impossible de voir de la route le campement. Ordre du propriétaire du bois sous peine d'expulsion.
                 Des enfants en bas âges, curieux, sales, morveux, avec une toux répétitive nous entourent. Deux hommes viennent à notre rencontre avec à la main un solide bâton en guise de cane. A notre approche, reconnaissant le visage de l'éducatrice l'attitude au départ menaçante se fait plus amicale. L'éducatrice me présente comme une personne capable de faire évoluer la situation déplorable dans laquelle se trouve douze familles.
                  La visite du camps me laisse sans voix.
                  Il faut imaginer, douze plaques de béton de trois mètres sur trois, recouvertes d'un plastique transparent, soutenu par deux arceaux entrecroisés. Dans cette surface vivent, non survivent deux adultes et des enfants de tous les âges. Les plaques de béton sont disposées en arc de cercle pour laisser la place à de futur " logements ".
                  Bien entendu, pas d'eau, pas de chauffage possible, pas de toilette, mais un loyer perçu, m'explique l'un des hommes, le premier de chaque mois, par deux costaux, pour le compte du propriétaire.
                   La majorité des hommes de ce campement travaillent, souvent sans être déclarés.
                   Maintenant ce sont les femmes qui nous entourent. Elles n'ont aucune difficultée pour nous faire comprendre la misère du quotidien, le manque d'hygiène élémentaire, les enfants continuellement malades, l'impossibilité d'envoyer les plus grands en classe. Les rats qui parfois mordent, si le feu central vient à s'éteindre. Le premier point d'eau est à deux kilomètres, et il faut s'y rendre le soir ou la nuit pour ne pas attirer l'attention.
                    Nous sommes dans les années 80, et je découvre l'inimaginable. Il y a là, une condition humaine insupportable, et je suis dans l'obligation d'agir, mais ce qui me révolte le plus c'est qu'un individu a trouvé le moyen de faire de l'argent sur le dos de ces malheureux.
                    De retour au service, je me demande comment agir. J'ai peur pour les familles de la brutalité de l'administration.
                    Le juge des enfants contacté, se déclare incompétent. Idem pour " l'assistante sociale chef " de la Direction Sanitaire et Sociale.
                    Je demande un rendez-vous avec le préfet après avoir donné brièvement les raisons de ma demande.
                    Le lendemain un appel de la préfecture me signale que le problème est réglé.
                    J'ai honte pour mon pays et aussi pour moi d'avoir été aussi naïf.
                    Un car de C.R.S. a réglé le problème en rasant le camps et en chassant les occupants largués dans la nature à des kilomètres en campagne.
                     Le propriétaire n'a jamais été inquiété.4443924059_5502a2887a.jpg

                  
Par falco - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Jeudi 4 février 2010 4 04 /02 /Fév /2010 18:02

4329950815_9476eed592.jpg                  L'habitude était prise de faire venir dans le service,un petit groupe d'enfants tous les mercredi. Ils nous permettaient d'observer les comportements pendant les loisirs proposés.
                  Depuis plusieurs semaines, Michel, un enfant d'un dizaine d'années, nous intriguait au moment de prendre le repas? Michel avait le comportement de l'enfant affamé. Nouveau dans la prise en charge, nous n'avions pas encore eu la possibilité de rendre visite à la famille. Chaque fois que nous prenions rendez-vous, la maman prétextait une nouvelle impossibilité.
                  Cependant l'état de grande maigreur de Michel, était assez inquiétant. La famille semblait pourtant disposer de revenus suffisant, en tenant compte des allocations et aides multiples, pour pouvoir se nourrire normalement. Une visite s'impose pour comprendre ce qui se passe avec ou non l'accord de la Mère.
                   La famille était logée dans un village de mineurs au fond d'une impasse. Pour pouvoir accéder à la porte par une petite courette, le passage obligatoire était gardé par un molosse attaché par une chaîne. L'espace entre le mur et la gueule du chien, cherchant à mordre, obligeait le visiteur à raser le mur. Le petit manège était observé narquoisement par la maîtresse des lieux. Cette famille avait sans doute trouvée là, le moyen de dissuader le passage des travailleurs sociaux.
                  _Entrez, entrez fait la femme, excusez pour le chien, j'ai déjà demandé à mon mari de modifier la longueur de la chaîne, mais il m'écoute pas.
                    L'intérieur de la maison est assez sombre, du fond de la pièce je devine qu'un gros chien vient de descendre du canapé, mais non! ce n'est pas un chien, c'est un LION. Je recule de peur, marche sur les pieds de ma collègue qui tombe, m'entraînant dans sa chute. Le lion est à distance d'haleine il me semble, lorsque la femme intervient.
                   _Max, allez coucher! la voix est forte et impérative.
                     Le lion retourne sur le canapé.
                   _Excusez, il est pas méchant.
                     Heureusement pour nous. Nous avons perdus la face, ma collègue est très pale, et moi aussi sans doute.
                   _Vous pouvez m'expliquer ce que fait ici ce lion?
                      Pendant des années, la famille tenait un petit cirque. Au moment de ce séparer du matériel et des animaux suite à une faillite, ils n'ont pas eu le courage de laisser partir un tout jeune lionceau. Élevé au biberon il est devenu presque adulte. Il est très gentil , mais il a maintenant un gros défaut, il mange trop.
                      Max est dans un parc animalier. De temps à autres, la famille continue à lui rendre visite. Les enfants mangent, depuis le départ de Max, correctement. Finalement la famille a été soulagée par notre intervention, évitant ainsi un jour un très grave accident.

Par falco
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Mardi 2 février 2010 2 02 /02 /Fév /2010 17:52
4325202030_48e394a714.jpg                 _Il n'y a rien à comprendre. J'ai brusquement été mise en prison séparée de mon enfant pour une histoire strictement privée. Ma vie et celle d'Alexandre ne regarde que moi, et encore une fois je ne vois pas de raison de me séparer de mon enfant.
                 _Vous vous rendez compte de ce que vous faites vivre à votre enfant? A ma connaissance il n'y a pas de peuple qui autorise l'inceste. En France, l'inceste est jugé comme un crime. Vous me dites que c'est strictement privé, mais alors comment les gendarmes ont-ils été au courant? Votre ami a cherché à faire du profit des filmes tournés chez vous, et il a été trouvé à votre domicile plus de deux cents cassettes pornographiques. Ou est le caractère privé de votre relation avec Alexandre? Il y a d'autres manières de prouver son amour à un enfant.
                  _J'ai été trahie par mon ami, en aucun cas je n'étais au courant de cette commercialisation. Pour ce qui est de l'inceste, je me moque de ce que font les peuples et des codes moraux qu'ils utilisent pour culpabiliser les personnes. Les religions ne sont que, interdictions, châtiments. Pour être un bon petit soldat, il faut courber le tête et faire comme on vous dit de faire. Mais que font les prêtres ou les autres, aux petits enfants? Confesses, absolutions, surtout pas de scandales. toute cette hypocrisie me dégoûte. J'aime mon fils à ma manière, et maintenant faites ce que vous voulez. Mais je vous le demande, à genoux s'il le faut; ne lui faites pas de mal.
                     Des larmes coulent sur son visage, de la colère elle est passée à une profonde détresse. J'aimerais pouvoir trouver quelque chose à dire, mais ce serait mentir, elle repartira en prison, et son enfant restera placé en institution.
                     Je n'ai pas eu le courage de voir l'enfant. Que lui dire à lui aussi? Que sa maman est irresponsable. Qu'il faut le séparer, "pour son bien " J'imagine le pire.
                     Par la fenêtre je regarde ces deux êtres si forts ensemble, et si fragiles séparés regagner la voiture, Alexandre tirant sa maman par la main pour qu'elle court avec lui.
                     J'ai écris au juge un rapport, en soulignant la toute particularité de la relation d'amour jusqu'a la fusion, de cette mère pour son enfant. Je voudrais que la justice fasse preuve d'imagination, juste pour eux.
                      Plus tard, après des mois, sur le journal; deux lignes, une femme a mis fin à ses jours en prison.
                      
Par falco - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Lundi 1 février 2010 1 01 /02 /Fév /2010 18:22
                   L'histoire qui est racontée ici est assez unique , mais aussi incroyable qu'elle puisse être, elle est authentique.
                    Madame la juge pour enfant m'avait demandée de recevoir une mère de famille et son enfant pour une évaluation de situation. J'allais prendre connaissance du dossier au moment ou la secrétaire m'informe de l'arrivée de mon rendez-vous. En général j'aime étudier la problématique de la famille avant de recevoir les personnes. Dans le cas présent je connaissais juste le nom pour l'avoir lu sur la chemise du dossier.
                     En poussant la porte de la salle d'attente, je suis surpris par l'élégance des deux personnes qui se lèvent à mon approche. La femme est accompagnée d'un enfant d'environs treize ans, habillé avec soins.Il est très beau, un regard franc, direct. La mère, femme encore très jeune, certainement pas dans la quarantaine, est particulièrement jolie. Grande, un visage très gracieux, encadré par des cheveux noir, elle me regarde avec un début de sourire, devinant sans aucun doute l'impact de son charme sur moi. Vêtue d'un tailleur gris, certainement de grande marque, elle porte un sac aux initiales très connues pour être d'un prix très élevé. 
                      Un bref instant j'ai un doute sur l'identité de mes visiteurs, tellement le contraste est grand avec les personnes reçues habituellement dans le service.
                    _Madame L...? tout en lui tendant la main.
                    _Nous avons rendez-vous sur ordre du juge et voici mon fils Alexandre.
                      Tous les deux répondent à mon bonjour, d'une main ferme et sèche. Ils ne semblent pas  avoir trace d'anxiété. Les regards sont directs, visiblement sans aucune gène.
                    _Si vous voulez bien, madame, je vais dans un premier temps vous recevoir seule.
                       Au passage, par la fenêtre du couloir qui mène à mon bureau, je remarque sur le parking, la voiture de sport de mes visiteurs.
                       Dans mon bureau, madame L..., est assise en face de moi, les jambes croisées parfaitement à l'aise, au point que je me demande, qui reçoit ?, et ce qu'elle peu bien faire ici.
                       Pour ne pas faire durer plus longtemps un silence qui pourrait rapidement créer un malaise, je lui propose de faire connaissance.
                       Madame L.... se présente très simplement. Après des études achevées dans une grande école de commerce, elle est actuellement la secrétaire du patron d'un grand groupe industriel. Âgée de 38 ans, divorcée après la naissance de son fils, suite à la découverte de l'homosexualité de son mari. Elle vie seule avec son fils et ils sont très heureux ensemble. Alexandre se comporte parfaitement bien à l'école. Âgé de 14 ans il est en terminale scientifique.
                       Ne comprenant toujours pas la raison de la présence de cette famille, et avant de poursuivre, il faut absolument que je lise rapidement le dossier que j'ai sous les yeux.
                       Lorsque j'ai fini de parcourir le document envoyé par la juge, et que je regarde mon interlocutrice, je constate que son visage a bien changé. Fini le sourire, il y a du défi dans son expression, par son changement de couleur, son cou devenu plus rose, laisse deviner sa colère.
                     _Je suis devenue moins séduisante? Vous jugez mon comportement monstrueux sans doute. Pourtant notre vie privée ne regarde que nous. Quel dommage, quel tord avons nous crée à la société? Pas de reproche pour avoir perturbé la vie des voisins! Rien, Alexandre est heureux, il fait du sport, a des camarades, part en vacances trois fois par an. Alors pourquoi cet acharnement?
                     _Je ne suis pas là pour vous juger madame, mais pour comprendre, pour vous comprendre.

                                                                                                         A suivre sur la page 424218834525_eeab3d04cd.jpg

 
                    


                      
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Lundi 11 janvier 2010 1 11 /01 /Jan /2010 15:50
                        Dans notre recherche de travail, les premières propositions qui nous étaient faites, n'étaient guère valorisantes. Le Santerre de par sa nature grandement agricole, possédait très peu de manufactures pouvant ou désirant nous donner du travail. Les seuls donneurs d'ouvrages, étaient très souvent ceux qui fournissaient les prisons ou le travail à faire à la maison. Montages de fleurs artificielles, de cotillons, mise sous enveloppes de publicités. Rien de bien intéressant et surtout très mal payé. C'était le genre d'ouvrage auquel nous ne voulions donner suite.
                         Changement de méthode de recherche. Regarder dans les magasins des produits de grandes consommation que les handic,apés pourraient fabriquer. Depuis le premier jours j'étais persuadé qu'avec une bonne étude de poste et bien entendu les machines indispensables, nous pourrions repousser les limites généralement attribuées aux handicapés.
                          Notre premier succès important, nous le devons à la confiance, que nous accorde le Directeur, d'une grande usine d'articles de bureau. Usine située en Alsace, ce qui n'est pas notre plus proche voisin
                          Après la visite de l'usine un produit à retenu immédiatement notre attention. Les classeurs à sangle. La confection peu sembler toute simple mais représente tout de même une dizaine d'opérations faites de collage, assemblage, découpe à la machine outil, assemblage, vérification et mise en cartons par couleurs.
                          Avec du recul, je pense que seul notre audace, notre aplomb, et semble t'il notre proposition de prix, calculé rapidement sur un bout de papier, à persuadé le Directeur. Pour lui aussi le challenge était risqué. Faire démonter une ligne de fabrication et la transporter jusque dans nos ateliers. Nous avancer la matière première, et continuer à assurer les commandes clients.
                           Un mois plus tard un semi remorque fait la livraison de plusieurs tonnes de matériel et nous avions un mois pour fournir à l'usine notre premier camion de classeurs.
                           Les trois premier jours, pour comprendre quelles étaient les difficultés, c'est en grande partie du personnel qui a occupé chacun des postes. Du Directeur à la femme de ménage, ensuite les problèmes de réglages, d'épaisseur de colle, de couture de la sangle, et autres difficultés étant maîtrisés, l'intégration des handicapés à été faite progressivement. Il faut avouer que les premiers mois, le personnel a largement donné de son temps pour tout vérifier. Il était très important de donner un produit impeccable et sans aucune erreur de conditionnement. Ce qui fut le cas, chaque mois, un semi venait prendre la livraison du travail, et nos ouvriers étaient très fiers de voir ce travail partir en Alsace. Bien entendu, le produit financier de tous les travaux réalisés, était redistribué intégralement.
                             Mais ce préambule a pour objet de faire comprendre le titre de cette page.
                             A quelque mètres de notre atelier, il y a une grande usine qui fabrique un produit rigoureusement identique à celui décrit précédemment. J'avais bien entendu contacté en premier le Directeur pour lui proposer nos services. Le refus a été courtois, sans plus. Mais depuis deux ans les ouvriers et ouvrières des deux lignes de fabrication étaient aussi rapide que les ouvriers en Alsace. J'avais oublié de dire, que notre donneur de fabrication, devant la qualité de notre travail avait demandé à installer une seconde ligne.
                              Fort de notre expérience, nous avons invité le Directeur de l'usine voisine, dans le but de lui proposer d'intégrer nos ouvriers dans ces lignes de fabrication.
                              L'idée à été retenue, et nous étions très content de voir des hommes et des femmes jusqu à présent en situation d'exclusion, rejoindre le monde ouvriers. Pendant deux mois les commentaires du Directeur étaient élogieux, nos ouvriers faisant preuve de beaucoup de rigueur, jusqu'au jour ou j'ai été convoqué pour un entretien. Je pouvais imaginer un écart de comportement, une irrégularité, mais absolument pas ce qui me fut déclaré.
                              Le comité d'entreprise à la demande des ouvrières, refusait de continuer l'expérience. Aucune raison valable .invoquée, les ouvrières refusaient de côtoyer des handicapés.
                              Après réflextions, je pense que chaque ouvrière était personnellement  interpellée par cette question identitaire fondamentale. Qui je suis? si une handicapée est capable de faire ce que je fais!
                              Cette question, restera toujours un handicap important à l'intégration de personne différente.4115834581_fa41d92051.jpg
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