Mardi 15 décembre 2009
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16:00
Depuis la mort d'André, le fonctionnement
de la maison avait bien changé. Jacqueline profondément choquée par la brutale certitude de l'arrêt, de 30 années d'amour inconditionnel ,
avait perdue sa joie
de vivre. Elle était devenue autoritaire, parfois injuste, souvent absente. Cette atmosphère commençait sérieusement à me peser et par curiosités je regardais dans les revues spécialisées
les annonces de postes disponibles. Le changement d'attitude de notre directrice, me faisais prendre conscience, de ma difficulté de plus en plus grande à supporter
d'être commandé.
En attendant de trouver un poste qui pourrait
me convenir, j'étais décidé de continuer à trouver de nouvelles activités pour divertir les enfants de mon groupe.
Je connaissais le château presque de fonds en
combles, le seul endroit ou je n'avais jamais les pieds, c'était le grenier. Depuis longtemps je voulais m'y rendre, mais il était toujours fermé , la clé étant détenue par Jacqueline, pour des
raisons de sécurité. Un matin profitant d'un moment de bonne humeur de Jacqueline, j'ai eu l'autorisation d'aller fouiller dans le passé de cette vieille maison.
Le grenier était immense, très peu
encombré. Au sol la poussière épaisse voltigeait sous mes pas. Quelques meubles sans intérêt sur ma gauche, mais rien de bien intéressant pour le moment. J'étais un peu dépité, j'espérais
trouver des objets anciens, une trace des propriétaires passés, la vue furtive d'un fantôme peut être, mais rien que du commun dans la première partie du grenier. C'est au fond dans la
dernière salle, sur une table que j'aperçus ce qui me semblais digne d'intérêts. Couvert de poussière et de nombreuses toiles d'araignées, il y avait un très vieil appareil de projection, et aussi,
merveille des boites de films, six en tout extérieurement bien conservées, mais sans indications de ce qu'elles pouvaient contenir. Avec précaution j'ouvre la première et je découvre avec plaisir
que la pellicule est en bon état. La lumière étant trop faible, j'étais incapable de voir à quel sorte de film les images correspondaient, mais ce n'était pas le plus important, l'essentiel était
d'avoir de la pellicule vraisemblablement adaptée à l'appareil de projection. Je ne savais pas encore, que je venais de sortir de l'oubli, deux chefs-d'oeuvre du cinéma américain.
Dans la coin gauche presque dissimulé par la charpente, il y avait une cantine métallique, de celle
qu'utilise en général les personnes effectuant de lointains voyages. Pour plus de commodités je tire sur la poignée latérale pour la transporter à la lumière d'un vasistas. Son faible poids n'était
pas bon signe. A l'intérieur, quelques papiers rapidement parcourus, et sans importance, et de nombreuses ordonnances datant du siècle dernier. Pour certaines assez barbares. Par exemple: dans le
cas d'une otite, faire couler de l'huile bouillante dans le conduit auditif. Autre médication: pour soulager les poumons encombrés, placer des sangsues et attendre qu'elles tombent d'elles mêmes
gorgées de sang. L'ancien propriétaire était donc un médecin amateur de cinéma. J'étais un peu déçu par le peu de contenu de la malle, mais fou de joie d'avoir découvert l'appareil de cinéma et les
pellicules.
Lorsque j'ai déposé ce que
j'avais trouvé tous les enfants ce sont précipités pour regarder cette nouveauté, posant beaucoup de questions. A l'idée qu'ils pourraient voir enfin du cinéma ils se mirent à sauter de joie.
Jusqu'à présent il avait été impossible de pouvoir les conduirent dans une grande ville, et je n'étais pas certain que les enfants seraient acceptés dans une salle de projection. Déjà j'imaginais
une grande fête à cette occasion avec la présence de tous les enfants de la maison. Le seul problème à résoudre pour le moment était l'état de l'appareil. Outre la poussière, de nombreuses traces
de rouille étaient bien visibles et j'ignorais ce que j'allais découvrir à l'intérieur. Pour couronner le tout je n'avais jamais fait fonctionner un projecteur. Rapidement tout ce matériel se
retrouvat à notre atelier.
Après m'être assuré
que le moteur et la lampe fonctionnaient encore, avec beaucoup de soins j'ai commencé à démonter et à dérouiller, graisser, pièces et passages du film, et à ma grande stupéfaction j'ai constaté
qu'il y avait aussi une cellule de lecture. Avec un peu de chance les films seront sonorisés. De temps à autre l'instituteur venait m'aider et après trois semaines de travail , l'appareil semblait
prêt pour un essaie privé. Installation dans la salle de classe d'un écran, pose de la première bobine sur l'appareil, passage compliqué du film par la méthode de l'essai et d' erreur, et le grand
moment étant venu : contact.
Premières images
du studio RKO et le titre.
KING KONG. Le
premier king kong tourné en 1933 en version anglaise. Nous sommes restés un moment silencieux, époustouflés de voir que ce film correspondait déjà en tous points aux versions actuelles. Les
trucages étaient plus visibles, mais pour l'époque très étonnant. Comment était-il arrivé dans ce coin de bourgogne?le film était en parfait état, seul le son n'était pas bon, mais ce n'était qu'un
problème de réglage de la cellule.
La
première bobine finie, nous avions hâtes de découvrir quelle surprise nous réservait les autres boites.
Pour les cinéphiles, l'acteur était dans les années vingt, très connu en Amérique.
Rudolf Valentino dans le rôle du sheik, film de 1921. Ce film était lui aussi un grand classique du cinéma.
Ces deux films pouvaient convenir aux enfants, en donnant quelques explications. Ils
attendaient avec tellement d'impatiences que le sujet du film avait relativement assez peu d'importance, mais nous étions certains que king kong retiendrait l'attention.
La
séance de projection collective sera un grand moment. A la demande des enfants l'histoire du grand singe sera de nombreuses fois regardée. Par la suite la cinémathèque de l'éducation nationale nous
permis de voir de nombreux films comiques avec Charlot ou Laurel et Hardy et de nombreux dessins animés.
Comme projectionniste, je prenais un réel plaisir à entendre les rires des
enfants, et à écouter par la suite leurs commentaires. Des semaines plus tard j'ai eu une explication sur la provenance des films. Une vieille dame était
dans le parc et regardait un très grand pin situé devant le château. C'était un arbre très haut, au diamètre du tronc impressionnant. Nous étions persuadés qu'il était deux ou trois fois
centenaire. En fait il n'en était rien, cette personne âgée m'indiqua que c'était elle petite fille, qui avec l'aide de son père, avait planté cet arbre, il y avait environs quatre vingts ans. Bien
entendu j'ai parlé de ma découverte.
_Vous avez trouvé les films ! me dit la femme, je me souviens, mon père était
grand reporter et il avait rapporté les films et l'appareil de projection à son retour des États Unis. Comme je suis contente pour les enfants.
_Mais , je demande, les ordonnances? qui a oublié cette cantine?
_Mon grand-père, il était médecin. Aujourd'hui toute la famille est partie,et sans enfant, j'ai fait don de cette propriété aux handicapés.
_Bonne journée monsieur !
Elle est partie comme elle était venue; discrètement.
Ce fut la seule et unique visite de la vieille dame. Jacqueline
ne l'avait jamais vue.
Au printemps, j'ai reçu une réponse favorable à ma candidature
pour un poste de directeur pour un centre d'aide par le travail, situé dans l'Oise à Roye.
Je n'avais qu'une vague idée du travail à accomplir, mais j'aime les défits. A mon arrivée, un monsieur, marchand de jouets et père d'un adulte handicapé se proposat de me faire visiter mon lieu de
travail. Avec sa voiture nous sortons de la ville. La voiture stop au bord de la route. Je suis invité à descendre et devant un grand champ de béteraves.
_Voici votre future établissement, m'indique mon guide, il y a tout à faire !

Par falco
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