Lundi 29 mars 2010 1 29 /03 /Mars /2010 15:59
                 A l'occasion d'une réunion de secteur sur Beauvais, une éducatrice me signale avoir découvert une dizaine de familles vivant dans une situation de grande précarité. Il y a de nombreux enfants, des conditions de vie épouvantable, et une situation de toute manière urgente en raison de l'approche de l'hiver.
                Le lendemain accompagné de cette éducatrice nous prenons la route de la grande décharge municipale de la ville. Adossé à la décharge, un petit bois à quelques vingtaines de mètres de la route empruntée chaque jour par les camions poubelles de la ville. Un chemin en terre battue partant de la route se dirige vers le bois. De profondes ornières nous donnent une idée de ce que doit être l'état du chemin les jours de pluie.
                 Une large mare encore boueuse nous interdit d'aller plus loin, et c'est à pieds que nous terminons les quelques mètres qui nous séparent de l'orée du bois.
                 Au début de notre progression, le bois étant très touffu, il faut souvent se courber pour passer sous des branches basses. La jeune femme qui m'accompagne m'explique tout en marchant, que volontairement le bois est resté à l'état sauvage, pour que de par sa densité il soit impossible de voir de la route le campement. Ordre du propriétaire du bois sous peine d'expulsion.
                 Des enfants en bas âges, curieux, sales, morveux, avec une toux répétitive nous entourent. Deux hommes viennent à notre rencontre avec à la main un solide bâton en guise de cane. A notre approche, reconnaissant le visage de l'éducatrice l'attitude au départ menaçante se fait plus amicale. L'éducatrice me présente comme une personne capable de faire évoluer la situation déplorable dans laquelle se trouve douze familles.
                  La visite du camps me laisse sans voix.
                  Il faut imaginer, douze plaques de béton de trois mètres sur trois, recouvertes d'un plastique transparent, soutenu par deux arceaux entrecroisés. Dans cette surface vivent, non survivent deux adultes et des enfants de tous les âges. Les plaques de béton sont disposées en arc de cercle pour laisser la place à de futur " logements ".
                  Bien entendu, pas d'eau, pas de chauffage possible, pas de toilette, mais un loyer perçu, m'explique l'un des hommes, le premier de chaque mois, par deux costaux, pour le compte du propriétaire.
                   La majorité des hommes de ce campement travaillent, souvent sans être déclarés.
                   Maintenant ce sont les femmes qui nous entourent. Elles n'ont aucune difficultée pour nous faire comprendre la misère du quotidien, le manque d'hygiène élémentaire, les enfants continuellement malades, l'impossibilité d'envoyer les plus grands en classe. Les rats qui parfois mordent, si le feu central vient à s'éteindre. Le premier point d'eau est à deux kilomètres, et il faut s'y rendre le soir ou la nuit pour ne pas attirer l'attention.
                    Nous sommes dans les années 80, et je découvre l'inimaginable. Il y a là, une condition humaine insupportable, et je suis dans l'obligation d'agir, mais ce qui me révolte le plus c'est qu'un individu a trouvé le moyen de faire de l'argent sur le dos de ces malheureux.
                    De retour au service, je me demande comment agir. J'ai peur pour les familles de la brutalité de l'administration.
                    Le juge des enfants contacté, se déclare incompétent. Idem pour " l'assistante sociale chef " de la Direction Sanitaire et Sociale.
                    Je demande un rendez-vous avec le préfet après avoir donné brièvement les raisons de ma demande.
                    Le lendemain un appel de la préfecture me signale que le problème est réglé.
                    J'ai honte pour mon pays et aussi pour moi d'avoir été aussi naïf.
                    Un car de C.R.S. a réglé le problème en rasant le camps et en chassant les occupants largués dans la nature à des kilomètres en campagne.
                     Le propriétaire n'a jamais été inquiété.4443924059_5502a2887a.jpg

                  
Par falco - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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