Jeudi 15 octobre 2009
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Les professeurs civils étaient pour le moins curieux, pour beaucoup d'entre eux,ils avaient un
surnom transmis par les élèves de classe en classe. C'était une très juste caricature de la personnalité de ces enseignants.
" Pattes à ressorts " pour celui chargé de nous enseigner le français. Il avait pour habitude
curieuse de sauter de table en table pendant les cours.
" N'a qu'un oeil", professeur de mathématiques, mais aussi "le pirate " en raison de la perte
de son oeil droit de temps à autre couvert d'un bandeau. Souvent il nous disait " vouloir écouter le silence " Pas facile!
" Tête folle pour le dessin " Dans son délire, provoqué sans doute par sa très grande solitude, elle
c'était inventé le décès d'un mari imaginaire. Comme de coutume dans ce genre de situation, la compassion de tout le corps enseignant, absolument pas au courant de sa situation matrimoniale, et
pour cause, fut à l'origine du déplacement indispensable de tout l' établissement. Élèves en grands uniformes, professeurs en costumes et pères abbés en soutanes neuves. Couronnes mortuaires en
tête portées par les élèves de terminale. Traversée de Paris de la rue de Vaugirard à l'église de la Madeleine. Bien entendu pas d'enterrement et un retour en catastrophe avec l' interdiction de
rire.
Enfin " professeur Nimbus " un peu semblable au " professeur Tournesol " de la
bande dessinée Tintin. C'était le plus redouté de tous. Il aimait terroriser les élèves, sans doute pour compenser son complexe du à sa très
petite taille, son crane chauve, et ses guêtres blanches le tout accompagné d'un tic de succion pour maintenir en place un dentier particulièrement volage. Il était chargé de nous faire comprendre
les subtilités de la perspective cavalière. Son regard arrivant juste à hauteur des tables à dessins, il grimpait sur son indispensable petit banc pour juger du travail d'un élève.
- Vous n'avez aucun talent, sauf pour faire une jolie crotte! Vous recommencez , le ...cez
ayant tendance à faire échapper le dentier il se retirait avec son bruit de bouche inimitable.schuuuit...
Le premier jour de mon arrivée dans sa classe, à l'appel de mon nom il me
demande:
- Falco ? Vous n'avez pas un frère qui serait passé dans ce collège?
-Oui, Monsieur.
-Alors, sortez immédiatement; à la porte, dans une famille il ne peut y avoir deux
enfants intelligents. Votre frère l'était, vous êtes sûrement l'imbécile.
Ce professeur passa plusieurs mois à me faire détester son enseignement. Lorsque
mon travail était pratiquement terminé, il venait me voir, prenait la planche dessin de chaque côté et la faisait pencher à droite et à gauche.
-Dessinez, ne vous occupez pas de moi, imaginez que vous êtes sur un bateau!
Bien entendu les traits n'étaient plus droit, ils partaient dans tous les sens et
parfois j'en avais les larmes aux yeux. Une mauvaise note pouvais me condamner à rester tout le week-end en pension.
- Vous m'avez fait encore une crotte Falco! recommencez ! schuuuit.....
Cependant je doit avouer que c'était un " maître " dans sa discipline. Il était
capable de tracer à main levée un trait aussi droit que s'il avait utilisé une règle. Le crayon tremblait dans tout les sens mais le trait, à notre grande stupéfaction, était parfait. Grâce à lui
aussi j'ai acquis une représentation des objets dans l'espace qu'il me semble encore très utile à posséder.
Enfin; un jour, une nouvelle tête de turc me remplace. Pourquoi ? je pense
aujourd'hui qu'ayant résisté à toutes ces brimades sans jamais me révolter il s'était lassé, ou peut être avait-il une certaine forme d'admiration.
Pour mon successeur, ce fut différent. Une erreur, fou de colère il se met à
crier, dans sa rage les postillons jaillissent de sa bouche pour finir sur la feuille de dessin. Sans se démonter, avec un grand calme notre camarade entoure chaque postillon avec son crayon, plus
il entourait plus il avait de travail. La suite fut terrible pour lui, ses parents sont venus le récupérer le lendemain et nous ne l'avons plus jamais revu.
Devenu complice de ce professeur, de temps à autre, il me faisait monter sur
une chaise pour observer avec lui les élèves de sa futur classe
-Vous voyez, schuuuit..,le petit blond, au fond de la classe, il va en baver,
schuuuit..,l'an prochain.